Nourrir mais pas seulement


 

La triste histoire de Soquette

 

Une histoire des plus banales, un sauvetage in extremis qui s'est bien terminé, mais qui pointe du doigt un problème dans notre chaîne d’aide aux chats dans le besoin.

 

Soquette, jeune chat adorable, a été jeté un jour de chez lui, non castré et non identifié. Il s’est retrouvé à la rue et a rejoint un groupe de chats, qu'une personne prend soin de nourrir - ce qui est en soi un bel acte quotidien - mais qui restent exposés aux maladies, aux blessures et à la surpopulation. Leur nourrisseuse ne nous appelle en effet que lorsque les choses se compliquent sérieusement pour l’un d'entre eux.

 

C'est ainsi que Soquette a dépéri en quelques semaines. Dès que nous avons été contactés, nous avons tout mis en œuvre pour le récupérer, car il avait besoin de soins. Il a été opéré en urgence d’un abcès au postérieur, près du genou. Un abcès qui devait traîner depuis 3 semaines au moins, d’après le vétérinaire.

Amaigri, déshydraté, très douloureux, il a été soigné en clinique et s'en est sorti, mais il est malheureusement porteur du FIV.

 

Tout ceci aurait pu lui être épargné s’il nous avait été confié plus tôt, s’il avait pu être castré dès sa puberté.

 

Nourrir ne suffit pas, car ces chats se reproduisent, se battent, attrapent des maladies, se contaminent entre eux et souffrent dehors…

Nourrir les chats libres est un beau geste mais, s’il ne s’accompagne pas de soins et surtout de prévention, ce beau geste entretient également leur misère. 

 

Un point de nourrissage doit d’abord être "équilibré", en stérilisant les chats.

Les mâles stérilisés se battent moins, sont moins souvent blessés et propagent moins les maladies, principalement le FIV. La stérilisation des chattes permet d’éviter la prolifération de ces pauvres chatons qui tombent malades à peine nés…

 

La protection animale, ce n'est pas seulement nourrir, c’est d'abord penser à l’animal et à son bien-être, c'est prévenir les problèmes, pour ne plus avoir à les soigner aussi souvent, dans l'urgence, et ne plus les voir souffrir. 



La tragique histoire de Finnegan

 

Il s'appelait Finnegan. C’était un chat des rues comme il y en a tant. C’était un chat unique comme ils le sont tous. Il a dû être "endormi" après son captage le 9 juin 2020. Gwladys, qui l’a accompagné dans ses derniers moments, nous raconte…

 

 « Il y a des jours comme aujourd'hui où être bénévole dans une association de protection animale est compliqué à vivre...

 

Je ne t'ai pas beaucoup connu, ami chat, mais j'ai tout de suite admiré ton courage et la force qui a été la tienne jusqu'au bout.

 

Treize ans d'une vie dehors, "au grand air".

"C'est comme ça qu'ils sont heureux, non ?" pense-t-on souvent.

 

Eh bien non ! Regardez-le bien... A-t-il l'air heureux ?

Peut-on être heureux avec un épanchement dans le ventre, des reins qui vous lâchent, des plaies sur le corps, un FIV ou une leucose, voire les deux ?

 

 

Tu as fini par lâcher prise, sentant tes forces t'abandonner, peut-être et probablement perclus de douleurs ces deux derniers jours. Tu passais tes après-midi à dormir de plus en plus profondément, du côté de chez Jacqueline, qui t’a nourri pendant de nombreuses années, près de ton ancien domicile...

 

Je sais que ta nourrisseuse s'en veut de ne pas en avoir fait plus, mais au moins ne t’a-t-elle pas ignoré, comme ton maître l'a fait le jour où il a déménagé et t’a laissé derrière lui !

A présent, Jacqueline nous connaît et sait que nous serons là pour ta compagne ou ton compagnon, pour celle ou celui qui vient chercher régulièrement sa pitance par chez elle.

 

Tous les jours nous devons prendre en charge des chats comme toi, usés par la vie, fatigués de devoir se battre pour un abri et un repas.

 

Tu es parti en "t’endormant tranquillement", sans douleur. Tu serais probablement mort dehors dans la nuit ou le lendemain. Au grand air, hein ! Agonisant, tu serais devenu une proie facile pour d'autres animaux et tu aurais pu finir dévoré. Ou dans une poubelle (dans une société comme la nôtre, on n'est plus à ça près).

 

Je ne suis pas du genre à râler, mes proches vous le diront, mais je ne comprendrai jamais le comportement des personnes qui "prennent" un animal pour s'en débarrasser à la première occasion, sans scrupules ni remords... Que je suis triste pour vous qui agissez ainsi ! Vous vous privez de tant d'amour, de tant de merveilleux moments avec ces incroyables compagnons que sont les "animaux".

 

Il y en aura d'autres malheureusement, des "Finnegan", que nous ne pourrons pas sauver.

 

Je vous demande simplement de bien réfléchir lorsque l'envie "d'avoir un animal" vous prend.

Ce ne sera pas un meuble ni un objet de décoration, mais un être vivant ! Il vous faudra prendre en compte son mode de vie et ses sentiments. Il aura besoin de vous.

 

Si vous le souhaitez, nous serons là pour vous aider à trouver la perle rare, tout comme nous continuerons à venir en aide à tous ceux qui attendent dehors.

 

Je suis désolée que tu aies eu à vivre ainsi, Finnegan, tellement désolée pour toi. Repose-toi bien maintenant, tu l'as bien mérité.

 

Un grand merci au docteur Tisserand pour son humanité face à la douleur de ce petit être fatigué par sa vie "au grand air". »